Le retour de Bob le bricoleur

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Pourquoi tout le monde pense-t-il pouvoir jouer au traducteur ? combien de fois avez-vous entendu ce type de commentaire : « Dis, c’est chouette comme travail, je devrais peut-être faire ça aussi ! ».

Chers amis, chers voisins, chers parents des copains de classe de mes rejetons, permettez-moi d’éclaircir un léger détail, mais cependant crucial : la traduction n’est pas un petit boulot qu’on fait pour arrondir ses fins de mois, il s’agit d’une profession qui requiert des compétences spécifiques et pointues !

Confieriez-vous le changement des freins de votre voiture à quelqu’un qui se sent subitement inspiré par la mécanique, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il habitait à côté d’un garage et qu’il a toujours vu des mécanos en bleu de travail chipoter sous des capots avec des pinces. Euh non, pas des pinces, des clefs à mollette. Ou étaient-ce des clefs Allen ? Enfin, c’est une sorte d’outil… ce n’est pas bien sorcier quand même.

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Perso, quand j’étais petite, c’était plutôt au docteur ou à l’institutrice qu’on jouait, pas au traducteur. Et, une fois adulte, je n’ai pas sérieusement envisagé d’effectuer de transplantation cardiaque. J’ai bien enseigné le français pendant des années, mais après une solide formation et cela ne ressemblait pas vraiment à mes jeux d’enfant.

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Au départ, j’ai pensé à une attaque personnelle. Quelque chose du genre : « Si Manuela le fait, je dois pouvoir le faire aussi ! ».

Mais non, il n’en est rien. Le mal est bien plus profondément ancré. Il suffit d’avoir quelques notions d’une langue étrangère pour que l’idée saugrenue germe dans l’esprit de certains. Et ils sont nombreux, en plus !

Évidemment, il faut un début à tout. Mais quand même.

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Je viens de lire un message d’un jeune homme très sympathique qui demande, en gros, comment se lancer dans la traduction pour arrondir ses fins de mois.

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Faut-il être linguiste pour traduire des documents ? Mais non, ma bonne dame, tout le monde sait parler français, et l’écrire, évidemment ! 

Non, Bob, la traduction n'est pas du bricolage !
Non, Bob, la traduction n’est pas du bricolage !

Combien de fois ai-je manqué tomber de mon siège en lisant des interventions de traducteurs DANS LEUR LANGUE MATERNELLE ? Combien d’interventions sont littéralement truffées de fautes d’orthographe ou de tournures de phrase incompréhensibles ? Sérieusement, l’e-réputation ne signifie-t-elle rien ? Comment une agence peut-elle s’étonner du niveau de qualité, frôlant les pâquerettes, de traducteurs qui ne savent pas aligner trois mots sans les tartiner d’horreurs ?

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Chers clients, si vous désirez que votre message conserve un sens dans une autre langue, veillez à choisir un traducteur compétent. N’hésitez pas, si vous en avez la possibilité, à lire (ou faire lire par une personne de confiance) quelques publications du traducteur sur la toile, dans sa langue cible, c’est un indice capital.

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Chers collègues en devenir, si vous entendez vous lancer sérieusement dans la traduction, soyez les bienvenus. Ne soyez pas découragés par mes propos. Le secret, c’est d’évaluer objectivement vos aptitudes.

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La bonne volonté, c’est bien. La passion, c’est génial. La compétence, c’est indispensable.

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Et vous, collègues établi(e)s, comment réagissez-vous quand votre belle-sœur vous annonce qu’elle va se mettre à la traduction, parce qu’elle trouve ça sympa ? Comment pouvons-nous faire comprendre à nos clients qu’une traduction ne peut être confiée au fils du voisin qui a appris l’anglais, sous peine de voir le sens du message modifié ? Comment ne pas dévaloriser les amateurs lorsque la banalisation dévalorise notre travail ?

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